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Médecins étrangers : des conditions de travail précaires et une reconnaissance insuffisante 

Crédit : Pexels 

"Tout le monde reconnaît notre importance, mais personne ne nous accorde la considération que l'on mérite", souffle Karim Bendamardji, médecin urgentiste à l'hôpital Saint-Joseph de Marseille. Les médecins étrangers diplômés hors Union européenne sont un maillon essentiel de l'hôpital public. Ils assurent les mêmes tâches que leurs homologues français.

En France, ils seraient entre 4 500 et 5 000 médecins étrangers, titulaires d'un diplôme obtenu hors Union européenne, à exercer dans les hôpitaux français, selon la direction générale de l'offre de soins (DGOS). Ils occupent soit le poste de "stagiaires associés faisant fonction d'interne", soit celui de "praticiens attachés associés". Ces statuts ne leur permettent pas d'être inscrits à l'Ordre des Médecins. Quant aux salaires, ils ne progressent pas au fil des années contrairement à celui des internes.


                                    Crédit : Nafida Abdillah 

Les médecins étrangers diplômés hors Union européenne perçoivent le salaire d'un interne en première année de médecine peu importe leurs années d'expérience : environ 1 800 euros bruts, soit 1 300 euros net par mois. Les médecins français, eux, perçoivent un salaire compris entre 4 411 euros et 8 917 euros brut par mois, selon leurs années d'ancienneté.

Comme Karim, ils sont plusieurs à être arrivés sur le territoire français pendant la pandémie de Covid-19. À cette période, le système de santé français avait un besoin criant de renforts. "Je travaillais comme un acharné, autant que les autres médecins français ! Ils ont tous touché la prime covid de 3 000 euros à la fin de la crise. Moi, je ne l'ai pas eu, j'aurais aimé avoir au moins un euro symbolique pour la reconnaissance de mon travail et des risques que j'ai pris", déplore-t-il. Cette situation traduit la crise économique que rencontre l'hôpital français.


                                                                                                                                     Crédit : Nafida Abdillah 


Les médecins étrangers, une solution pour pallier au manque de médecin 

Depuis quelques années, la situation économique des hôpitaux publics se dégrade fortement. Le déficit des centres hospitaliers universitaires (CHU) a triplé en un an, atteignant les deux milliards d'euros en 2024. Une situation principalement due à un manque de financement des hôpitaux publics. Ces établissements dénoncent aussi le manque de moyens mis à leur disposition et le manque de personnel médical déployé.


Les EVC, une étape essentielle pour leur reconnaissance

Pour être reconnu par l'Ordre des Médecins et espérer un meilleur salaire, les PADHUES doivent passer des épreuves de vérification de connaissances (EVC). Elles exigent une sérieuse préparation et une bonne maîtrise de la langue française. Pour Abdelhalim Bensaidi, vice-président du syndicat des PADHUES, IPADECC, cet examen est "beaucoup trop sélectif". "Le problème est que nous exerçons déjà dans les hôpitaux français.", lance-t-il. Il précise : "Nous travaillons plus de dix heures par jour, nous enchaînons les gardes. Quand voulez-vous que l'on ait le temps de réviser ?" En 2023, le taux de réussite des EVC varie entre 30 et 50 %, selon le Conseil de l'Ordre des Médecins. "Il faudrait que le système d'évaluation repose sur le dossier des candidats et non uniquement sur leur capacité à écrire ou à mémoriser. Ça refléterait mieux la réalité du terrain", ajoute Abdelhalim Bensaidi.


                                                                                                                                                                                Crédit : Nafida Abdillah 

En cas d'échec, les non-lauréats sont autorisés à continuer d'exercer en France, mais ils ne sont pas reconnus comme médecins. La loi limite à deux ans la durée maximum des contrats des stagiaires associés. Il est possible d'obtenir une dérogation lorsqu'ils arrivent au terme des deux ans, mais ils doivent pour cela changer d'hôpital pour repartir sur un nouveau cycle de deux ans. Ce système permet à l'hôpital public d'embaucher en continu des médecins étrangers. "Les PADHUES sont sous-payés pour l'ampleur des tâches qui leurs sont confiées", s'exclame Abdelhaim Bensaidi. Il poursuit : "Nous exerçons la médecine de la même manière que les médecins français, nous soignons des patients français. Un médecin diplômé dans l'UE peut être reconnu dès son arrivée en France sans avoir mis un pied dans un hôpital français".


Le président de la République Emmanuel Macron a affirmé, dans une conférence datant du 16 janvier 2024, vouloir "régulariser les médecins étrangers". Le chef d'État a reconnu que les Praticiens à Diplôme Hors Union Européenne (PADHUES) sont laissés "dans une précarité administrative complètement inefficace". Depuis, la situation n'a pas changé. De nombreuses manifestations ont été organisées par les syndicats de PADHUES devant le Ministère de la Santé.

Certains décident même de quitter la France pour exercer dans d'autres pays européens comme l'Allemagne. Confronté à la même pénurie de médecins, l'Allemagne a revu son système d'évaluation : un seul examen des qualifications médicales est requis pour les médecins étrangers. Amine Ziyadin, médecin urgentiste dans un hôpital à Berlin, a quitté la France en 2022 pour s'installer en Allemagne. " Je n'arrivais pas à réussir l'EVC. Ma situation devenait insupportable : j'étais payé le smic, j'enchainais les gardes. Ici, je suis reconnu comme médecin et je touche 6 000 euros", explique-t-il. Résultat : le fossé est frappant entre ces deux pays, 52 000 médecins étrangers exercent outre Rhin, contre moins de 10 000 dans l'hexagone.


Nafida Abdillah, Laura Khil et Romane Passet



Grève de la faim des médecins étrangers : l'État reste muet

                                                                                                                                                                      Crédit : Cedric Delangle / FTV  

12 jours de grève de la faim et toujours aucune mesure concrète de l'État français. Le 5 mars dernier, 300 praticiens à diplôme hors union européenne (PADHUES) ont cessé de s'alimenter. Malgré plusieurs manifestations devant le ministère de la Santé, aucune proposition de loi n'a été présentée à ce jour par l'exécutif.

L'élément déclencheur de cette grève est la suppression de 20% des postes pourvus lors des dernières épreuves de vérification de connaissance (EVC). Ces épreuves, davantage théoriques que pratiques, sont essentielles pour ces praticiens. Elles leur permettent d'obtenir une reconnaissance par l'Ordre des Médecins et de travailler dans les mêmes conditions que leurs homologues français.

Face au manque de réaction, les PADHUES ont décidé de suspendre la grève. « Nos vies n'ont aucune importance », soupire Abdelhalim Bensaidi diabétologue à l'hôpital de Nanterre depuis plus de six ans.


Des médecins essentiels mais des conditions de vie précaires

Arrivés pour la plupart lors de la période de crise de COVID 19, la France avait besoin d'eux pour soulager le déficit de médecin face au besoin accru de soins. Aujourd'hui, dans un contexte de désert médical, le système de soin français a toujours besoin d'eux. Le 16 janvier 2024, lors d'une conférence de presse, le président, Emmanuel Macron l'a lui-même reconnu. Le chef de l'État a promis la régularisation des médecins étrangers, « qui tiennent à bout de bras nos services de soins », dans le but de combattre la pénurie de médecins. Pourtant, un an après, force est de constater qu'aucune mesure n'a été prise pour améliorer leur situation malgré les promesses. « Je travaille plus de 70 heures par semaine, je soigne des patients français mais je touche seulement 1400 euros car je ne suis pas reconnu », raconte Redha Kettache, chirurgien urologue à l'hôpital de Fréjus. Après des années de lutte, les PADHUES ne comptent pas baisser les bras. « Le combat n'est pas terminé. Mes confrères et moi envisageons une démission collective », affirme Abdelhalim Bensaidi. En France, ce sont plus de 4000 médecins diplômés hors de l'Union européenne qui exercent sans reconnaissance de leur diplôme. Leur sort reste en suspens.


Laura Khil



Grève des étudiants en médecine au Maroc : un cri d'alarme pour une réforme nécessaire

Révision du système de formation médicale, stages insatisfaisants, réformes jugées précipitées : les étudiants en médecine marocains relancent la contestation.

Selon Khalid Aït Taleb, ancien ministre de la Santé et de la Protection sociale au Maroc : le Maroc aurait besoin de 34 000 médecins, alors que le nombre des lauréats ne dépasse pas les 1600 chaque année, dont 600 choisissent de s'expatrier. Photo : Quid.

Depuis plusieurs mois, les étudiants en médecine marocains se sont engagés dans plusieurs mouvements de grève. Ils réclament une révision en profondeur du système de formation médicale, principalement en raison des conditions de stage jugées insatisfaisantes et des réformes jugées précipitées notamment la réduction de la durée de leur programme de formation de sept à six ans.

La plus longue grève étudiante de l'histoire marocaine

En octobre 2024, après presque onze mois de mobilisation, un accord avait été signé entre la Commission nationale des étudiants en médecine, médecine dentaire et en pharmacie (CNEMEP), le ministère de l'Enseignement supérieur et le ministère de la Santé, sous la présidence du Médiateur du Royaume. Cet accord avait mis fin à la plus longue grève étudiante de l'histoire marocaine. Parmi les 25 000 étudiants grévistes, selon l'association étudiante CEMC, certains ont été suspendus ou poursuivis en justice pour leur implication dans la grève et le boycott des examens. Malgré cette issue positive, le soulagement a été de courte durée pour les médecins en devenir.

En ce début de mois de mars, ce sont les étudiants en médecine du CHU Ibn Rochd à Casablanca qui ont entamé une nouvelle grève. Ils protestent contre les « conditions catastrophiques » (paroles rapportées par des étudiants) de leur formation, décidant ainsi de boycotter les stages cliniques pour dénoncer la qualité de l'enseignement et des infrastructures. « On a manifesté l'année dernière, on manifeste cette année et continuera de manifester jusqu'à que nos attentes soient prises en compte. », défend Yasser Derkaoui, étudiant en médecine au Maroc. Les étudiants soulignent que, bien que des réformes aient été engagées, elles n'ont pas été suivies de mesures concrètes pour améliorer la qualité de l'enseignement et la gestion des stages dans les hôpitaux et centres de santé. Ce mouvement, devrait durer deux semaines, selon les prévisions des étudiants.

Un droit de grève en danger

La grève des étudiants en médecine reflète des préoccupations persistantes concernant la qualité de la formation médicale dans le pays et illustre les tensions continues entre les étudiants en médecine et les autorités marocaines. D'autant plus que cette mobilisation s'inscrit dans un contexte socioéconomique dégradé entre hausse des prix, chômage et dégradation du pouvoir d'achat. Les 5 et 6 février derniers, une grève nationale a secoué le Maroc, après l'adoption d'une loi sur le droit de grève jugée « liberticide » par les syndicats marocains.

 Romane PASSET  

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